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Quand les grands du nucléaire se mettent à soigner les cancers...

A traîner sur Twitter, j'en apprends de bonnes. Voilà Elifsu qui se met à parler d'"Areva Med"... La chose semblait entendue : Areva inventait des villages de vacances au pied des centrales nucléaires, pour profiter de la chaleur résiduelle des réacteurs... La classe ! Bon, en fait, pas du tout. Mais vraiment RIEN A VOIR...

Non, en fait, à l'origine, il y a une opération de com' vers les blogueurs "influents" (dont je ne fais pas partie) de la part d'une filiale d'AREVA, AREVA MED, spécialisée dans le développement de traitements contre les cancers. MED = médical et non méditérranée... Dommage...
Mais l'occasion de me renseigner, et de vous faire part de cette chimiothérapie qui commence à faire ces preuves, la radio-immunothérapie. Je laisse le soin à Elifsu d'écrire sur son blog ce qu'elle pense de cette filiale d'Areva, qui pour moi fait tous les efforts du monde pour s'acheter une jolie image auprès du grand public...

Alors voilà. Pour traiter un cancer, on a trois voies :

  • La chirurgie : arme redoutable contre les tumeurs bien délimitées, et accessibles aux bistouris. C'est souvent le cas, surtout quand on hésite pas à retirer tout l'organe qui va avec. Mais forcément, ça devient non utilisable pour des tumeurs mal placées (cérébrales par exemple), ou mal délimitée,..
  • La radiothérapie : ça marche plutôt bien aussi : On irradie à l'aide de faisceaux de photons (dans le domaine des Rayons X en général), ou d'électrons, (ou plus rarement protons, neutrons,...). Le seul petit hic : ça crame tout sur son passage ! Donc parfois inopérant pour des tumeurs profondes. Et dans le cas de cancers disséminés dans d'autres organes, ça ne sert plus beaucoup...
  • La chimiothérapie : En tant que chimiste, je trouve que c'est la plus -scientifiquement parlant- intéressante. En réalité, ça marche parfois, (le Cis-platine soigne 90 % des cancers des testicules pris à temps..., le Glivec a révolutionné les traitements de certaines leucémies, etc...), et puis parfois, les effets secondaires sont invivables, pour un bénéfice faible... L'avantage par rapport aux autres techniques, c'est que le composé anticancéreux va partout, y compris dans les endroits inaccessibles pour la chirurgie et la radiothérapie. L'inconvénient, c'est que le composé va partout, y compris dans les cellules saines, ravageant un peu tout sur son passage.
Est apparue depuis les années 1980 l'immunothérapie : En fait, on commence à savoir comment mieux cibler les cellules cancéreuses ; en particulier, on arrive à produire des anticorps (oui oui, les mêmes anticorps spécifiques de telle ou telle maladie virale ou bactérienne) agissant contre les cellules cancéreuses, ou plus précisément contre certains marqueurs spécifiques des cellules cancéreuses. Le plus connu, c'est l'Herceptine,  pour le traitement de certains cancers du sein, assez efficace, avec très peu d'effets secondaires. [SOURCE]. Mais il y en a beaucoup d'autres, commercialisés ou en tests cliniques. [sources]

Il n'empêche, parfois cela manque encore d'efficacité. Par exemple, pour peu que les cellules cancéreuses soient résistantes aux attaques du système immunitaire, ou que celui-ci ne soit pas au top, ça ne marche pas bien ( les anticorps, une fois fixés sur les cellules malignes, sont censés activer la suite du processus qui permet la destruction de la cible. Si il est défaillant, ben, c'est raté).

Alors, il reste une solution : doter les anticorps d'une arme de destruction massive (comme ça, plus besoin du système immunitaire !). Et pas une arme chimique, non, une véritable BOMBE NUCLEAIRE !! Si si !!!
C'est très simple : sur les anticorps, on greffe des atomes radioactifs, émetteur de particules β- (en fait des électrons) et/ ou de rayons γ, qui vont agir directement sur la cellule cancéreuse ciblée(et celles qui se trouvent à proximité). Bref, une radiothérapie ciblée, localisée au niveau des cellules cancéreuses. Cette technologie existe maintenant depuis une vingtaine d'année, et sert par exemple à traiter des leucémies, à l'aide de l'yttrium 90 (nom de code du médoc : Zevalin ). On se sert aussi de l'iode 131, en particulier pour traiter les cancers de la thyroïde (pas besoin d'anticorps, dans ce cas), et tout plein d'essais sont en cours.

Un exemple (hélàs en anglais. Pour info : "antibody = anticorps ; cd20 : marqueurs de surface reconnu par les anticorps, nus ("naked") ou accompagnés de l'élément radioactif ("radio-labelled"))

Il s'avère qu'une des améliorations majeures attendues de la radio-immunothérapie, outre la fabrication d'anticorps dirigés vers d'autres cibles cancéreuses, consiste en l'utilisation d'autres éléments radioactifs, mais émetteurs α cette fois. L'intérêt est très simple : les rayons γ ou  les particules β peuvent se propager sur une assez grande distance avant d'interagir avec la matière : la zone irradiée est de l'ordre du milimètre. Les α, eux, sont beaucoup plus gros, et donc vont se propager dans une zone plus faible (environ 50 µm, 200 fois plus précis donc !).

Et c'est là qu'Areva intervient. J'imagine un brain storming... :

- Bon, les gars, on a deux soucis sur le dos : 1. on ne nous aime pas. (murmure de désapprobation dans la salle) 2. On a plein de Thorium à Cadarache, radioactif il va de soi, et il se désintègre lentement sans qu'on en fasse grand'chose. (soupirs nombreux...). Faut changer tout ça ! Une idée ?? Personne ? Ah Jean-Paul, t'es encore bourré du pot de départ de hier soir, mais y a personne d'autre...

-(Avec une voie pâteuse et mal assurée) On a qu'à utiliser les produits de désintégration du Thorium pour soigner des gens de cancers, comme ça, on libère de la place à Cadarache, et on devient des bienfaiteurs de la médecine !!


- [Le reste de l'assemblée, morte de rire] Mais qu'il est con, ce Jean Paul ! Allez, va cuver ton vin !


-[Et puis un ptit bonhomme] Oui, il est con. Mais si il avait raison ??


Chaîne de désintégration du Thorium 232


Et voilà qu'un des descendants du Thorium, le Bismuth 212 a exactement les bonnes propriétés. Ou plutôt son père, juste suffisamment stable pour avoir le temps de préparer le médoc, le Plomb 212, émetteur α, et greffable sur un anticorps (j'ai très envie d'en parler, [c'est la partie "chimie"], mais ça sera pour une autre fois). Et Areva Med est née. Pour l'instant, tout se passe bien, le 212Pb-TCMC-Trastuzumab (En fait l'équivalent de l'herceptine, mais avec le Plomb 212 en plus de l'anticorps) est en phase I des tests cliniques depuis quelques mois, et l'usine de production de cet élément radioactif en cours de construction dans le Limousin. Et v'là qu'Areva rachète même une boîte de chimie organique, "Macrocyclics", leader dans la production de "molécules-cages" (dans le cas précédent le "TCMC" ) permettant de greffer le métal émetteur α à l'anticorps. Apparemment, ils y croient à mort !

Un commentaire général sur cette nouvelle activité d'AREVA : La mise au point d'un médicament coûte vraiment très cher, et sa rentabilité soumise à un grand nombre d'aléas, et en particulier l'acceptation des autorités sanitaires (FDA américaine, AFSSAPS française, EMA européenne) à la mise sur le marché. Sans compter qu'on n'est jamais sûr que cela va apporter un bénéfice réel aux patients par rapport aux autres chimiothérapies... Mais bon, Areva peut sans doute se le permettre, et ainsi renverser complètement l'image qu'a le nucléaire : au lieu de provoquer des cancers, rendre stériles pendant des siècles des km² autour des centrales accidentées, l'atome soigne et guérit les pires maladies... Il y a une chose supplémentaire à ne pas oublier : pour faire de la médecine nucléaire, aujourd'hui indispensable pour la santé publique, il faut des entreprises capables d'extraire des éléments radioactifs, les manipuler, les transformer. Qu'Areva s'engage dans cette démarche (et même si c'est uniquement dicté par le service com' de la boîte, et même si ça me fait mal au coeur de dire du bien d'une telle boîte) est une très bonne chose pour la médecine.


Source :


Les régimes alimentaires peuvent-ils influencer le sexe d'un bébé à venir ?



Choisir le sexe de son futur enfant ? Un doux rêve partagé par beaucoup de parents sur terre, depuis la famille indienne ne souhaitant pas une fille de peur de payer une dot exorbitante, à la famille plus aisée, qui a déjà 5 garçons, et qui aimerait ENFIN une fille.
Les remèdes de grands parents existent depuis la nuit des temps (souvent d'ailleurs emprunts de considérations sexistes) : pour faire un garçon, il faut bien manger, et salé ! Pour une fille, plutôt privilégier les goûts plus doux, et le sucré...
Ces essais pour influencer le sexe de son enfant pourrait prêter à sourire, si les médecins et les chercheurs en médecine n'avait pas mis leurs nez dedans. Et depuis les années 1970, des articles scientifiques ont aussi commencer à préconiser tel ou tel régime pour avoir un garçon plutôt qu'une fille, ou l'inverse.
Mamanpoussinou relate ainsi  pour sa participation aux Vendredis Intellos de Mme Déjantée le livre co-écrit par le Dr Papa, qui en 1983 avait publié un article scientifique intitulé : "Selection préconceptionnelle du sexe par la méthode ionique". Dans cet article, et dans le livre, le Dr Papa annonce qu'en suivant un régime draconien, on peut influencer le sexe du bébé à venir, et avoir jusqu'à 80 % de chance d'obtenir celui qu'on veut ! Au delà des considérations éthiques de ces efforts pour obtenir un bébé "mâle" ou "femelle", la question de la réalité scientifique de ce type d'écart par rapport à la "normalité" (pour ceux qui l'ont oublié : environ 50 % de garçon et 50 % de fille) est clairement posée. Et c'est ce dont on va parler ici.

Avant d'entrer réellement dans le vif du sujet, voici un tout petit rappel :
Ce qui décide du sexe d'un enfant, c'est ses chromosomes sexuels : un chromosome X et un Y pour les garçons, et deux chromosomes X pour les filles. La mère transmet un chromosome X, et le père, un X ou un Y. Plus précisément, 50 % des spermatozoïdes sont porteurs du X, et 50 % du Y. Les différents travaux ont tendance à montrer que s'il y a un déséquilibre entre le nombre de "mâles" et de "femelles", il ne vient pas d'une proportion anormale chez le père.
Donc, à moins de trier les spermatozoïdes avant l'insémination, si on veut choisir le sexe de son enfant, c'est à la mère de sélectionner les bonnes gamètes des autres (porteurs du chromosome X, ou Y, au choix).
Voyons maintenant ce qui a été publié sur le sujet depuis les années 1970 sur ce sujet si sensible.
Tout semble commencer réellement en 1973, avec une publication d'un article de Trivers et Willard, qui, se basant sur des critères liés à la sélection naturelle, pose l'hypothèse que de bonnes conditions de vie et de santé des femelles des espèces polygames doivent favoriser la naissance de plus de mâles (Voir l'article de Rosenfeld et Roberts pour une explication détaillée de cette hypothèse).
Clairement sur-interprétée, cette hypothèse de départ a néanmoins été vérifiée chez nombres d'espèces animales, en liberté ou en captivité. (porcs, certains grands ruminants, ...): les femelles en bonne santé lors de la conception donnent plus de mâles que les femelles affamées et malades.
Les travaux sur les souris de laboratoire ont donné des résultats aussi intéressants : celles nourries avec un régime très riche en lipide donne plus de mâles que celles nourries avec un régime aussi énergétique, mais pauvre en graisse (l'apport énergétique étant alors assurés par des glucides). D'autres études montrent l'influence du taux de testostérone lors de la conception (un fort taux étant corrélé à un plus grand nombre de mâles). [afin de mettre toutes les choses au clair, la testostérone est avant tout, chez la femme, associée à l'infertilité. C'est pas le moment d'imaginer se doper à cette hormone masculine pour avoir des p'tits gars!!!]

Mais venons-en à l'espèce humaine. Et au fameux Dr Papa et son étude de 1983. Il y décrit un régime particulièrement contraignant pour les femmes autour de la conception, qui permettrait de choisir, avec une probabilité allant jusqu'à 80 % (!!) le sexe de son enfant. Hélàs, (ou tant mieux ! ) dans cette étude, comme dans beaucoup d'autres, les résultats énoncés peuvent autant être dû au hasard qu'à n'importe quelle autre raison. Je m'explique. L'étude a été menée sur 215 femmes, ce qui est faible (d'autant plus qu'il n'est pas précisé si c'est un échantillon représentatif de la population). Deux tiers d'entre elles ne sont pas allées au bout du régime proposé, ce qui fait un échantillon réel de 72 femmes. Ça fait pas beaucoup du tout ! En fait, ça ne fait pas assez pour conclure. Et de plus, sur ces femmes, 2 groupes émergent : un ayant scrupuleusement suivi le régime (77 % de réussite pour le sexe de l'enfant), et l'autre (52 % seulement ) !! Même sans avoir le détail du nombre de femmes par groupe, on arrive à des échantillons tellement faibles, qu'il est malhonnête, scientifiquement parlant, de conclure.
Il y a eu par la suite, beaucoup d'autres études, portant sur des douches vaginales acides, ou basiques pour favoriser des spermatozoïdes féminins ou masculins, sur l'alimentation encore une fois, sur des rapports sexuels précoces par rapport à l'ovulation, ... Et à chaque fois, des résultats contradictoires, ou sans aucune signification statistique. On en vient à la dernière étude en date sur le sujet, publiée en 2008 au titre évocateur : "You are what your mother eats" ("vous êtes ce que mange votre mère"), où un apport énergétique important au moment de la conception semble faire la différence. Etude démontée (et non démontrée) quelques mois plus tard, par une équipe de statisticiens, apparemment agacés que leur science serve à prouver tout et n'importe quoi.
Alors voilà où on en est : pour avoir des garçons et pas des filles, ou l'inverse, la seule méthode qui marche, c'est lors des fécondations in vitro, de réaliser un diagnostic pré-implantatoire, où l'on détermine le sexe de l'embryon avant de l'implanter dans la matrice maternelle. C'est moins fun, forcément...
Deux dernières remarques :

  • Les études cherchant à déterminer un mécanisme qui pourrait expliquer une sélection entre bébé garçon et bébé fille ne donne aucun résultat probant.
  • [il s'agit ici de mon avis, de non-spécialiste] La différence entre le nombre de bébé garçon et fille ne semble pouvoir apparaître qu'après la conception : il pourrait y avoir alors, dans certaines conditions drastiques, de minimes différences entre les fausses couches des garçons et des filles. Est-ce vraiment sur ce point que l'on veut jouer ?


Sources :
Rosenfeld C.S., Roberts R.M. "Maternal Diet and Other Factors Affecting Offspring Sex Ratio : A Review" Biology of Reproduction 2004, 71, p1063
Mathews F., Johnson P.J., Neil A. "You are what your mother eats : evidence for maternal preconception diet influencing foetal sex in humans" Proc. R. Soc. B 2008, 275, p1661
Young S.S., Bang H., Oktay K. "Cereal-induced gender selection ? Most likely a multiple testing false positive" Proc. R. Soc. B 2009, 276, p1211
Grant V.J., Chamley L.W. "Can mammalian mothers influence the sex of their offspring peri-conceptually ?" Reproduction 2010, 140, p425

La chimie organique pour les nuls (et les réticents)... Partie 3

Suite de notre série en XX parties (oui, je ne sais pas encore jusqu'où cette histoire va me (nous ?) mener...) (voir la partie 1, et la partie 2).
Bon, l'aparté sur le caractère expérimental de la chimie organique est à peu près clos, sans grandes protestations de la part des lecteurs, à qui j'ai quand même suggérer que l'appellation "science" était presque abusive... Pas de réaction, bonnes réactions.
Continuons donc. L'expérience nous donne donc d'innombrables réactions "modèles", catalogue immense de protocoles expérimentaux qui "marchent" pour la transformation de toute une gamme de composé. On va donc les utiliser pour faire de nouvelles molécules, plus complexes. Voilà un exemple avec la réaction de Williamson précédente (qui permet de passer du composé 8 au 9)...

Et la plupart du temps, ... ça ne marche pas. Ou avec un rendement insuffisant. Il faut donc à nouveau innover, inventer de nouvelles méthodes, et c'est reparti pour un tour.
On serait bien tenté, comme dans d'autres disciplines, de simplifier cette histoire, et d'obtenir des principes plus généraux, opérationnels, qui permettrait de choisir LA bonne méthode, de prédire la change de succès de telle ou telle réaction... Si cela peut être réalisé sur des lignes très très générales (Tel atome est avide d'électrons, donc on peut l'attaquer avec un réactif riche en électron,...), cette simplification est vouée à l'échec très rapidement, dès qu'on travaille avec des molécules plus complexes, très vite non modélisables, tant le nombre de paramètres à prendre en compte explose. Et l'expérience nous montre sans cesse que quand le modèle marche sur des molécules nouvelles... c'est qu'on a de la chance.

Ainsi, lorsqu'un chimiste doit tenter une réaction (connue) sur une molécule nouvelle, voilà, dans l'ordre ce qu'il fait :
  •  Il tente la méthode la plus "classique", ou celle "qui marche bien" sur des substrats qu'il considérera comme proche du sien.
  • Si ça ne marche pas, il tente la méthode qu'il maîtrise le mieux, qu'il a appliqué à d'autres substrats avec succès
  • Si ça ne marche pas, il tente la méthode la plus "fun", originale, récente (sans critère réellement objectif...)
  • Si ça ne marche pas, il tente la méthode de son pote du labo d'à côté
  • Sinon, il joue au dé pour choisir parmi les méthodes restantes...
Bon, revenons à nos moutons. Et à cette histoire de règle générale qui marche toujours. Pour qu'une réaction chimique marche, il faut avoir un atome pauvre en électron, et un autre atome, ou une liaison "riche" en électron, qui va donc attaquer, et former une liaison avec le premier. Voilà la base (une des seules, et la principale), qui explique tant de chose.

Un autre point fondamental, même si il ne permet pas vraiment de faire des prévisions de réactivité, c'est que toutes ces réactions "élémentaires", constituées d'une seule étape simple (attaque d'un atome par un autre ou par une liaison, avec un transfert limité à 1 ou 2 électrons) sont réversibles : elles se font et se défont en permanence.
Prenons par exemple une estérification (on va former un ester, qui en général a une odeur assez agréable) à partir d'un acide carboxylique (odeur souvent horrible) et d'un alcool. Voici le détail de la réaction :

Chacune de ces étapes est réversible, si bien que l'eau à la fin peut réagir avec l'ester pour redonner en quelques étapes élémentaires l'acide du départ, ou bien que la molécule obtenue après la première étape redonne directement le produit de départ... Pour qu'une réaction fonctionne, l'astuce, c'est de la rendre irréversible, par divers moyen, comme par exemple, dans le cas précédent, supprimer l'eau au fur et à mesure de sa formation (par un procédé ingénieux du nom de montage Dean-Stark par exemple). Plus d'eau, plus de réaction inverse ! [Dans de très nombreux cas, la réaction apparaît (mais apparaît seulement !) comme irréversible pour d'autres raisons : vitesse de réaction très importante dans un sens, beaucoup plus faible dans l'autre, caractère exothermique dans un sens, endothermique dans l'autre,...]

Allez, la suite au prochain épisode... (et dites moi si c'est compréhensible !)

Où trouver des informations fiables sur l'éducation ? (1)

   Avec la campagne de 2012 qui se met en place, le projet "Votons pour la Science", et les manifs d'enseignants, on entend beaucoup, beaucoup de statistiques sur l'éducation nationale, le salaire des profs, le niveau des élèves... Comme par hasard, la situation n'est pas si mauvaise pour la droite, et catastrophique pour la gauche de l'échiquier politique. Et pourtant, tous partent des mêmes sources, et en particulier des données de l'OCDE. Alors, au lieu de dire : qui croire ? allons voir l'information brute. LA ressource, c'est la publication "Regards sur l'éducation 2011", disponible sur le net.

Avant d'aller plus loin dans l'analyse de quelques exemples, juste un rappel sur ce qu'est l'OCDE, Organisation de coopération et de développements économiques
"La mission de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) est de promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde.(...)
L’OCDE offre aux gouvernements un forum où ils peuvent conjuguer leurs efforts, partager leurs expériences et chercher des solutions à des problèmes communs. (...) Nous examinons également le coût des impôts et de la sécurité sociale pour les citoyens, ainsi que le temps libre dont ils disposent. Nous comparons la façon dont les systèmes éducatifs préparent les jeunes à la vie moderne et la façon dont les systèmes de retraite protègeront les citoyens plus âgés."

Ça, c'est pour le principe. Ensuite, il est intéressant de voir quels sont les états membres de l'OCDE. Ils sont 34. Certains franchement riches (Suisse, Luxembourg, Norvège,...) certains franchement...moins riche (Indonésie, Slovaquie, Hongrie,...) La France, puissance économique notable, sans être assise sur une réserve stratégique de pétrole, ni être un paradis fiscal, se situe dans la moyenne, avec l'Allemagne, les USA, l'Italie, la Belgique, l'Angleterre,... En fait, d'après les données et les modes de calculs de l'OCDE, qui tiennent compte du pouvoir d'achat pour comparer les PIB par habitant, en 2008, le PIB / habitant de la France était exactement le même que le PIB/hab moyen de l'OCDE. (SOURCE)

Cela amène à une première remarque : 
 Donc si la France apparaît, sur les différents critères comme "dans la moyenne de l'OCDE", ça pourrait être convenable, voire satisfaisant... Oui, mais n'est-il pas important de comparer aussi la France avec les autres pays européens qui lui sont proches, comme l'Allemagne, le Royaume -uni, la Belgique, ... ou avec les pays dont l'influence est majeure (USA, Japon...) ? On essaiera donc de voir les résultats de plus près.

Je ne vais ici prendre que quelques exemples, qui ont été (très) repris ces derniers temps par les politiques. (Je ne citerais pas a priori les chiffres, éventuellement les écarts avec les autres pays. Pour ces données, voir les liens sur les documents de l'OCDE)


Premières statistiques : le salaire des enseignants.
Très commenté... par Le Monde, Luc Chatel, tel député de la majorité UMP, tel candidat à la primaire socialiste,... Et on entend de tout : salaires tout à fait dans la norme de l'OCDE, voire au dessus en fin de carrière ; salaire en diminution depuis 15 ans, tout à fait convenable pour certains, insuffisant pour d'autre.

Allez, plongeons-nous dedans... Faut dire que c'est tout un chapitre des "Regards sur l'éducation". Voici le lien pour le télécharger en pdf.
Encore une remarque préliminaire : les salaires ont été lissés en fonction du coût de la vie (c'est la mention "sur la base des PPA")
Et tout de suite, première statistique : en 2009, la France est en dessous de la moyenne de l'OCDE quant à la rémunération des enseignants en début de carrière, au bout de 10 ans, au bout de 15 ans de carrière (entre 5 et 10 % d'écart). Par contre, à l'"échelon maximum", un enseignant français dépasse la moyenne au dessus d'environ 5-10 %).Sans ambiguïté.
Si on regarde les 3 premières statistiques (en début de carrière, après 10 ans, après 15 ans), là où c'est assez inquiétant, c'est que tous les pays comparables à la France font mieux. Je ne parle pas du Luxembourg, où un enseignant commence à 80000 USD par an ! ni de la Hongrie, où il ne dépasse pas les 20000 à la fin de la carrière. Si on regarde l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, etc... Tous sont au dessus de la France.
Si on regarde le fameux "échelon maximum", qui fait dire à certains qu'en France, en fin de carrière, les enseignants sont plutôt bien lotis, on est au-dessus de l'OCDE, mais encore en dessous de la Belgique, Allemagne, USA, Espagne, Portugal, ... On est mieux qu'en Italie, Suède, Norvège. Encore faut-il savoir qui atteint cet échelon. Sur le site du ministère, on peut voir que le salaire en fin de carrière varie entre 2500 et 3000 euros, en fonction de l'avancement. Manifestement, tout le monde n'atteint pas l'échelon maximum. Pour en avoir une idée plus précise, l'OCDE a aussi publié le temps moyen qu'il faut pour l'atteindre : 34 ans (p 445). Je ne vais pas comparer ce chiffre avec les autres pays. 9 pays font aussi long ou plus long, les autres moins. Toujours est-il que c'est long, 34 ans, et on peut penser à de nombreux enseignants qui ne l'atteindront jamais. Et qui resteront, inéxorablement, en dessous de la moyenne de l'OCDE, et vraiment en dessous de la moyenne des pays de l'Europe de l'Ouest.
Une dernière remarque. Luc Châtel a pris acte de ces chiffres début septembre, et a regretté que les heures supplémentaires, et les différentes primes ne soient pas prises en compte par l'OCDE. Pour ce qui est des primes, p 449 du même document, figure un tableau recensant les différentes situations où elles existent dans les pays membres. Le résultat est clair : la France ne semble pas donner plus de primes que les autres pays. Sans, il faut le reconnaître, que le montant de ces primes soient précisées. Pour les heures supp', il est vrai que les enseignants du secondaire en ont, globalement, autant qu'ils le veulent. Ce qui est permis par une durée de travail statutaire de 18 heures (devant les élèves). Il est à noter que les professeurs du primaire ont un temps de travail de 27 heures, avec beaucoup moins de prime, et une possibilité très restreinte de faire des heures supplémentaires.
Certaines statistiques complémentaires sont donc nécessaires pour parfaire l'analyse, puisque d'après le ministre de l'éducation nationale, il faut augmenter de 10 à 13 % les montants annoncés par l'OCDE pour arriver aux vrais salaires des professeurs. Et il est inutile de comparer alors ces résultats aux autres pays, pour lesquels il faudrait aussi augmenter les montants... Sans compter le temps de travail, qui est très difficile à comparer, entre des pays où comme la France, seulement la présence devant les élèves est comptabilisé et d'autres, où le temps de travail tient compte des réunions, d'heures d'astreinte dans les établissements... Et puis on peut parler de la pénibilité du travail, lié aux nombres d'élèves par classe, aux diverses obligations complémentaires...

allez, une petite pause... la vie des profs, vue par W. Disney (1952)...


A suivre : le budget par an, et par élève/étudiant. [ Ouille, celle-là aussi a été âprement commentée. ]